Photo de groupe au bord du fleuve,
Emmanuel Dongala,

Actes Sud 2010

Coup de coeur Juin 2010

Roman Adulte

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Elles sont une quinzaine à casser des blocs de pierre pour en faire du gravier, au bord d'un fleuve africain.
Dur labeur pour un sac qui sera acheté une poignée de Francs CFS par des intermédiaires sans scrupules.
Ces derniers temps, la construction du nouvel aéroport a fait considérablement augmenter le prix de cette matière première, mais « les casseuses » se rendent compte que leur travail n'est pas mieux payé pour ça. Alors … elles se révoltent et refusent de vendre à bas prix.
Très vite ce conflit, simplement alimentaire au départ (elles veulent pouvoir nourrir leurs enfants), se transforme en une lutte sociale exemplaire, et est surtout l'occasion de rendre audibles des bouches trop souvent muettes.
Mais la répression à cette revendication ne se fait pas attendre. La violence déployée à leur encontre renforce la solidarité de ces femmes et les rend encore plus déterminées.
 

Emmanuel Dongala, écrivain congolais toujours en quête de vérité, décrit à travers ce roman la situation dramatique d'une grande partie des femmes africaines.
Même si le sujet, déjà mainte fois abordé, est grave et profond, l'auteur sait par son style bien tourné et son phrasé souple et direct, dédramatiser la triste réalité. Le choix du tutoiement par le narrateur interpelant l'héroïne, a un rendu particulier qui nous fait pénétrer, sans voyeurisme toutefois, dans l'intimité profonde de la femme africaine moderne.
Le personnage principale, Méréana, nous ouvre les yeux sur les clivages sociaux existant en Afrique qui sont invariablement renforcés par la cohabitation quotidienne des traditions et du modernisme.
Par le biais des compagnes de lutte de Méréana, l'auteur, à travers des portraits distillés tout au long de son histoire, campe les nombreux problèmes auxquels ces femmes courageuses sont confrontées : la pauvreté, la guerre, les violences sexuelles et domestiques et les croyances et traditions ancestrales.
Mais tout ceci, Emmanuel Dongala, le fait sans aucun pathétisme. Ces femmes ne ruissellent pas de larmes, mais sont au contraire porteuses d'un optimisme, d'une énergie et d'une vigueur presque fébrile qui donne à ce roman un immense goût d'espoir.

Sylvie